Copie n° 07 — Benito D'Almeida
Dernière mise à jour : 6 oct.
Par Benito D'Almeida · Challenge de dissertation · Octobre 2026 · 1 016 mots
« Dans une société machiste pseudo-moderne, l’homme (avec petit h) est une victime de violence économique basée sur le genre qui s’ignore… »
À première vue, dire que l’homme peut être victime d’une violence économique liée au genre peut sembler contradictoire, surtout dans une société où les rapports de domination ont longtemps été, et restent encore souvent, favorables aux hommes.
Mais justement, le sujet mérite qu’on dépasse cette première impression.
Et lorsqu’on le regarde avec nos réalités africaines, notamment togolaises et béninoises, la question devient encore plus intéressante.
Le machisme n’impose pas seulement des règles aux femmes. Il en impose aussi aux hommes : sois fort, réussis, protège ta famille et surtout… assume financièrement.
« Un homme doit assumer. »
Combien de fois avons-nous entendu cette phrase ? Et combien de fois l’avons-nous nous-mêmes répétée sans vraiment nous demander tout ce qu’elle implique ?
Chez nous, au Togo comme au Bénin — avec évidemment des différences selon les familles, les ethnies, les milieux sociaux et les générations — la notion de famille dépasse souvent largement le père, la mère et les enfants.
Il y a les parents, les frères et sœurs, les neveux et nièces, les cousins, parfois le village ou la communauté. Cette solidarité est une richesse immense de nos sociétés. Elle permet de financer des études, de soigner un parent, d’aider quelqu’un à démarrer une activité ou simplement de ne pas abandonner celui qui traverse une mauvaise période.
Mais cette solidarité peut aussi devenir une pression lorsqu’elle repose principalement sur celui qui « a réussi ».
Et lorsqu’il s’agit d’un homme, la réussite crée parfois immédiatement des obligations.
Tu travailles ? Tu dois aider.
Tu vis en Europe ? Alors, dans l’imaginaire de certains, tu as forcément les moyens.
Tu es l’aîné ou celui qui gagne le mieux sa vie ? Tu dois prendre ta part, et parfois celle des autres. Un parent est malade, un petit frère doit payer sa scolarité, une nièce a besoin d’aide, il y a un mariage, des funérailles, une cérémonie familiale, une urgence au pays… On se tourne naturellement vers ceux qui peuvent contribuer. Et très souvent, vers l’homme dont on considère que c’est le rôle « d’assumer ».
Et dire « je ne peux pas » peut devenir extrêmement difficile.
Parce qu’un refus n’est pas toujours interprété comme une impossibilité financière. Il peut être compris comme de l’égoïsme, de l’ingratitude, voire comme le refus de ses responsabilités envers la famille.
À cela s’ajoute le couple.
Dans certaines conceptions encore présentes au Togo et au Bénin, l’homme doit être capable de courtiser, de recevoir, de contribuer aux cérémonies liées à l’union, d’installer le foyer puis d’en assurer une part importante des dépenses.
Même lorsque la femme travaille et dispose de revenus, l’idée que « l’homme doit assumer » peut rester profondément ancrée.
L’homme peut donc se retrouver au croisement de plusieurs obligations : son foyer, ses enfants, ses parents, sa belle-famille parfois, ses frères et sœurs et différentes solidarités familiales ou communautaires.
Et il doit continuer à donner l’image de celui qui maîtrise la situation.
Car chez nous aussi, un homme qui reconnaît simplement : « je n’ai pas les moyens » peut ressentir cela comme une humiliation.
Voilà où le sujet devient intéressant.
La solidarité familiale n’est évidemment pas une violence en elle-même. Au contraire, elle constitue l’une des forces de nos sociétés.
Le problème commence lorsque la solidarité cesse d’être réciproque pour devenir une obligation attachée au sexe : tu dois payer parce que tu es l’homme.
Un homme qui ne peut pas payer, offrir, aider sa famille ou prendre en charge certaines dépenses peut rapidement être considéré comme quelqu’un qui a échoué. Pire, on peut parfois remettre en cause sa valeur en tant qu’homme.
Dans le couple, lors des rencontres, dans la famille et parfois même dans le cercle amical, certaines dépenses sont ainsi naturellement dirigées vers lui. Non pas forcément parce qu’il gagne davantage, mais simplement… parce que c’est l’homme.
À partir du moment où cette attente devient pression, culpabilisation, humiliation ou condition pour être respecté, aimé ou considéré, peut-on encore parler d’un choix totalement libre ?
C’est là que la question de la violence économique mérite d’être posée.
Mais attention à ne pas tomber dans l’excès inverse : faire de l’homme une victime systématique serait tout aussi caricatural.
Car le même système qui lui dit « tu dois payer » lui a aussi longtemps dit « tu décides ». Dans beaucoup de nos sociétés, l’homme a historiquement bénéficié d’une position dominante dans le foyer, dans l’héritage, dans l’accès aux ressources ou dans certaines décisions familiales. Les femmes, de leur côté, ont subi et subissent encore des dépendances et des violences économiques bien réelles.
C’est justement toute la contradiction du sujet : un système peut donner davantage de pouvoir à l’homme tout en l’enfermant dans les obligations associées à ce pouvoir.
Et notre société dite moderne entretient parfois curieusement cette contradiction.
Nous voulons, à juste titre, l’égalité dans les études, le travail, les responsabilités, les libertés et les décisions.
Nos filles font des études, deviennent médecins, ingénieures, entrepreneures, cadres ou responsables politiques. Elles revendiquent légitimement leur autonomie.
Nos garçons, eux aussi, grandissent avec un discours moderne sur l’égalité.
Mais lorsqu’arrive l’addition, certaines vieilles habitudes retrouvent soudain une étonnante jeunesse. Femme moderne, homme moderne… mais addition traditionnelle.
Pour moi, la véritable égalité ne consiste ni à inverser les rôles ni à organiser une compétition pour déterminer qui souffre le plus.
Elle consiste à arrêter d’attribuer automatiquement des obligations à quelqu’un simplement parce qu’il est homme ou femme.
Il ne s’agit surtout pas de supprimer cette solidarité africaine qui fait aussi notre force. Il s’agit de la rendre plus juste.
Dans un couple ou une famille, chacun devrait pouvoir contribuer selon ses moyens, ses responsabilités, ses choix et l’équilibre décidé ensemble.
Pas selon son sexe.
Alors oui, dans nos sociétés togolaise et béninoise aussi, un homme peut subir une forme de pression, voire de violence économique liée au genre, sans forcément en avoir conscience.
Pourquoi ?
Parce que depuis son enfance, on lui a souvent appris à ne pas appeler cela une contrainte. On lui a appris à appeler cela :
« être un homme ».
Et c’est peut-être là l’une des grandes forces du machisme : réussir à transformer certaines contraintes en devoirs, au point que ceux qui les subissent finissent eux-mêmes par les défendre.
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Copie reproduite dans son intégralité, sans correction de fond ni d’orthographe.
















































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